RENOIR
Réalisation : Gille BOURDOS
Casting : avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers, Thomas Doret, Anne-Lise Heimburger, Sylviane Goudal
Scénario : Scénario de Gilles Bourdos, Guillaume Tonnerre et Michel Spinosa d’après le livre Le Tableau amoureux de Jacques Renoir
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2012
Durée : 111 mn
Version : VOST + séances en VF
« Un sein, c’est rond, c’est chaud. Si Dieu n’avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j’aurais été peintre. » Auguste Renoir
L’homme est au crépuscule de sa vie. Son corps paralysé n’est qu’un cri de souffrance, ses doigts déformés par la polyarthrite ne sont plus en mesure de tenir le pinceau, son âme pleure la perte douloureuse de son épouse. L’homme est vieux et seul, ses deux fils, Jean et Pierre, sont au front, blessés, et il craint à chaque instant que la grande faucheuse ne l’oublie lui pour les arracher eux à cette vie qui lui échappe un peu plus chaque jour. L’homme est au crépuscule de sa vie, mais l’artiste est un jeune homme… sensible comme à vingt ans aux pulsions vitales qui l’entourent : le vent qui s’engouffre dans les arbres longeant l’allée de sa demeure provençale, les parfums de fleur d’oranger et de jasmin qui lui parviennent comme depuis un lointain printemps, les couleurs d’une nature éblouissante qui éclaboussent cette année 1915 comme un pied de nez à 1914 et à sa déclaration de guerre. Auguste Renoir peint. Inlassablement, obstinément. Le pinceau attaché à ses doigts crochus par des bandages est comme un prolongement de lui-même, son chapeau de paille est vissé à son crâne chauve pour le protéger d’un soleil qui a pourtant tant et tant à lui offrir. Renoir peint la vie qui coule, qui s’échappe, qui fuit, qui renaît.
La vie, c’est Andrée. Belle plante rousse aux formes généreuses et au tempérament de lave. Andrée qui arrive avec les premiers rayons du matin pour faire le modèle chez Monsieur Renoir. Elle déboule dans le cadre du vieux monsieur et c’est pour lui comme un miracle : la jeune fille va insuffler au peintre une énergie qu’il n’attendait plus. Eclatante de beauté et de volupté, étendue nue dans un pré ou à demi tournée sur un sofa, elle sera son ultime muse, son inspiration colorée, sa délicieuse et bouillonnante « Dédée »…
Mais la belle attrapera aussi dans ses filets Jean, le fils blessé venu en convalescente dans cet eden méditerranéen bien loin des horreurs du front. Jean qui semble si discret, si indécis face à un père autoritaire, parfois tyrannique et tellement certain de son art. Sa rencontre avec Andrée sera décisive : c’est par amour pour elle, pour faire d’elle « une vedette » qu’il se lancera timidement dans le cinéma pour devenir celui que l’on sait.
En s’attachant aux événements d’un seul été, Gille Bourdos livre un portrait sensible de celui dont la peinture fut la plus charnelle, la plus instinctive et la plus joyeuse du mouvement impressionniste. Le contraste entre le vieil homme immobilisé par la maladie et la jeune fille qui n’est que mouvement, vitalité, exubérances est d’une beauté émouvante. Entre eux deux, l’art devient le trait d’union, révélant la force absolue de la peinture, qui fait oublier la douleur pour que seule la beauté demeure.
La réussite du film, outre sa splendeur visuelle, repose bien entendu sur l’interprétation de Michel Bouquet, à propos duquel l’usage de tout superlatif semble inapproprié pour rendre compte avec justesse de l’étendue de son talent. Et les deux jeunesses qui interprètent Jean Renoir et Andrée parviennent avec grâce et justesse à exister face à son écrasante présence. Hommage subtil et jamais prétentieux au maître, Renoir nous laisse le sentiment de nous être glissés dans Les grandes baigneuses, tableau baigné de lumière.



