Vesna

Réalisation : Rostislav Kirpičenko
Casting : Kestutis Cicenas, Daumantas Ciunis, Vacieslas Jukanov, Anastasia Pustovit
Scénario : Rostislav Kirpičenko

Type de film : Fiction
Pays : Lituanie, France, Estonie
Année : 2026
Durée : 93 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 02/12/2026

Mercredi 02 décembre
18:50
Saint-Ouen
Jeudi 03 décembre
16:20
Saint-Ouen
Vendredi 04 décembre
20:30
Saint-Ouen
Samedi 05 décembre
18:40
Saint-Ouen
Dimanche 06 décembre
18:45
Saint-Ouen
Lundi 07 décembre
16:20
Saint-Ouen
Mardi 08 décembre
20:30
Saint-Ouen
dernière séance
Du 02/12/2026 au 08/12/2026 – Prochaines séances

C’est un des premiers films de fiction tournés sur l’Ukraine occupée. Mais au lieu de filmer la guerre en action, le réalisateur lituano-ukrainien ((il a fait de nombreux allers-retours en fonction des vicissitudes familiales entre les deux pays et aurait pu devenir footballeur professionnel sous les couleurs de l’Ukraine, si la guerre n’avait entravé sa carrière sportive) Rostislav Kirpicenko choisit de filmer les petits gestes symboliques qui permettent de résister sans effusion de sang, alors même que la répression des soudards qui occupent le pays est implacable.

On suit Andriy, un jeune prêtre orthodoxe, dont l’Eglise est devenue une morgue provisoire et hivernale (le gel profond rend très compliquées les inhumations avant le printemps) où les Russes cachent les civils exécutés sommairement, avant de pouvoir les enterrer en toute discrétion dans une quelconque fosse commune. Pour Andriy, le geste de résistance et de dignité, c’est simplement de rendre tous les corps qu’il peut à leur famille, au nez et à la barbe des militaires russes, afin qu’ils aient une sépulture décente et que les proches puissent faire leur deuil. On ne peut évidemment s ’empêcher de penser à Antigone, la tragédie antique de Sophocle, dans laquelle la jeune héroïne brave l’interdiction, décrétée par son oncle le roi Créon, d’enterrer son frère rebelle Polynice, plaçant ainsi le devoir de fraternité et d’humanité au-dessus des lois édictées par les puissants.

Dans une mise en scène splendide, Rostislav Kirpicenko filme la résistance ordinaire, à travers le destin du prêtre et celui d’un jeune garçon, Makarov, fils de collabo malgré lui et emporté dans le cauchemar de la guerre. Cet enfant incarne à lui seul la figure de la victime innocente des décisions des adultes, conséquence collatérale de la répression qui s’abat sur les résistants. On pense à l’enfant sidéré d’horreur, témoin impuissant dans Requiem pour un massacre du russe Elen Klimov, probablement un des films les plus insoutenables réalisés sur la Deuxième Guerre mondiale. Ou à ces enfants assassinés à Oradour sur Glane, dont la mort vengeait aux yeux des Allemands les attaques de résistants, questionnant ainsi la responsabilité collective des actes en temps de guerre.

Mais ce qui intéresse peut-être encore davantage le cinéaste, c’est la figure de l’occupant, ici le capitaine Igor que l’on découvre dès le premier plan écoutant le célèbre discours de Poutine annonçant l’invasion de l’Ukraine. Dans cette incarnation de la banalité du mal, il y a plus que la conscience du travail accompli du petit fonctionnaire de Notre salut incarné par Swann Arlaud : chez ce militaire, il y a la conviction viscérale que l’Ukrainien vivant sur une terre qui pour lui a toujours appartenu à la Grande Russie puis à l’URSS est un traitre, qui a collaboré naguère avec les Nazis et ne mérite donc pas qu’on le traite en être humain. C’est sur ce genre d’idéologie que la France a massacré 160 ans durant les Algériens, que les soldats de Tsahal s’acharnent sur des Gazaouis qu’ils considèrent comme des animaux, ou que des Allemands ordinaires ont pu appliquer la solution finale à des femmes ou des enfants juifs à qui étaient déniée toute forme d’humanité.

Le printemps (Vesna) arrivera-t-il à la fin de ce film où, grâce au talent du génial chef-opérateur Vilius Maciulskis, la nuit et la neige qui recouvre tout nous plonge presque en permanence dans les ténèbres ? En tout cas Rostislav Kirpicenko, à moins de 30 ans, fait une entrée fracassante dans le cinéma européen.

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