Si tu penses bien
Réalisation : Géraldine Nakache
Casting : Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié, Daniel Cohen
Scénario : Géraldine Nakache, David Lambert
Type de film : Fiction
Pays : France, Belgique
Année : 2026
Durée : 94 mn
Sortie nationale : 16/09/2026
« L’emprise consiste à paralyser la pensée de l’autre pour mieux le dominer. C’est un processus de dépossession de soi. »(Marie-France Hirigoyen, psychiatre, dans Femmes sous emprise : le ressort de la violence dans le couple, Éditions Robert Laffont)
L’affiche du film dit déjà beaucoup sur ce qui va nous être raconté. On y voit un couple allongé, paisible, sous un soleil radieux et caressant. Image d’un bonheur doux et apaisé, qui raconterait la tendresse, l’harmonie. Pourtant, à y regarder de plus près, plusieurs détails alertent : la masse sombre des arbres à l’arrière-plan, qui font obstacle à la lumière, et surtout le regard de la jeune femme : un peu dans le vide, un peu inquiet, à l’affut peut-être d’un mouvement de l’homme qui est contre elle, comme si elle attendait d’avoir l’assurance qu’il est bien endormi pour partir… ou plutôt pour fuir…
Mais revenons en arrière : la rencontre. Le coup de foudre, à l’autre bout du monde, à Dubaï, entre Gil et Jacques. Très vite le mariage, un enfant et très vite aussi la mécanique de l’emprise psychologique dont Jacques tisse la toile autour de Gil. D’abord l’isoler de ses parents, de sa famille… puis de ses amis et de son réseau professionnel. Gil a mis sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à sa fille, mais l’envie de reprendre le travail se fait bientôt sentir… six ans tout de même. Six années pendant lesquelles Gil n’a pas vu, ou pas voulu voir tous ces « red flags », ces signaux d’alarme qui témoignent d’un lent et insidieux processus de domination. Se poser en sauveur, en héros, en mari et père parfait aux yeux du monde… Se montrer doux, puis odieux. Être tendre, puis humilier. Caresser une joue, puis cracher au visage. Au fur et à mesure que Gil veut s’éloigner et reprendre sa vie en main, Jacques resserre son étau, menace, surveille, et l’isole encore un peu plus… d’elle-même, du monde qui pourrait l’aider… Mais jusqu’où ?
Géraldine Nakache nous plonge sans ménagement dans la cage de l’emprise. C’est ici une cage dorée de trois cents mètres carrés à l’orée d’un bois, loin des regards. La mise en scène très organique, au plus près du souffle et du regard de Gil qui perd peu à peu son éclat, est ponctuée de manière symbolique par des scènes d’immersion dans l’eau, lors du rituel du Mikvé, bain rituel purificateur dans le judaïsme. Car ici la foi, qui anime sincèrement les deux protagonistes, devient un outil de contrôle sur le corps, sur la psyché, sur l’imaginaire de la femme. Et ce qui avait vocation à être un soutien, un guide, un repère devient, entre les mains de Jacques, un carcan, une menace, un poison.
« Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien » : cette phrase prononcée par le rabbin, comme une promesse de bonheur, lors de la préparation du mariage de Gil et Jacques, va devenir au fil du récit le symbole du rouage manipulateur, dans un processus de l’inversion de la responsabilité et de la culpabilité qui est très souvent utilisé par les compagnons manipulateurs – mais aussi les pères incestueux. Porté par deux comédiens remarquables, c’est un film à la fois terrifiant et lumineux, qui fera date parmi ces œuvres qui nous ouvrent les yeux.


