mercredi 20 mai 2026 à 20:30

Ciné-rencontre avec GAEL KAMILINDI, co-réalisateur de Didy

En souvenir des victimes du génocide au Rwanda et de celles du SIDA en Afrique : Rencontre exceptionnelle avec GAEL KAMILINDI, co-réalisateur du film et sociétaire de la Comédie Française.

Didy

Gaël Kamilindi, François-Xavier Destors

Type de film : Documentaire
Année : 2024
Pays : France, Suisse, Rwanda
Durée : 85 mn
Date de sortie nationale : 22/04/2026
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Casting : Kayije Kagame
Scénario : Gaël Kamilindi, François-Xavier Destors

Un vieil album et des photos à l’intérieur réveillent toujours les souvenirs du passé, ces traces d’existence et de passage sur terre. Gaël y voit sa mère parmi les autres membres de sa famille, mais il ne peut pas se souvenir d’elle. Il ne peut pas expliquer ces images, ni les faire revivre de sa mémoire. Il avait cinq ans quand sa mère est morte au Burundi. C’était en 1992. Un pays, une époque, une situation qui en rappellent d’autres : le Rwanda et le génocide des Tutsis. Gaël est en effet le fils d’une Rwandaise, exilé en Suisse à l’âge de 7 ans alors que les Hutus massacraient son peuple. Déraciné, il éprouve trente ans plus tard, le besoin de se raccrocher à sa terre, de réécrire l’histoire de sa mère et de rassembler celles et ceux qui lui en apprendront plus sur sa famille, ce qu’elle a vécu et traversé, entre le Rwanda, la République Démocratique du Congo et le Burundi. C’est ainsi qu’est né ce film, Didy, du nom de la maman de Gaël, un documentaire fort, entre l’intime et l’universel.

Gaël, ce n’est pas Gaël Faye, cet autre artiste tout particulièrement concerné par le génocide rwandais, mais Gaël Kamilindi, comédien aujourd’hui sociétaire de la Comédie-Française. Gaël se lance ici dans une enquête en étant celui qui cherche à mieux comprendre l’histoire au cœur de laquelle il se trouve ! Il est secondé par la caméra de François-Xavier Destors, un habitué du Rwanda et pour qui c’est déjà le troisième long-métrage documentaire sur ce pays. Ensemble, ils vont aller à la rencontre des tantes et amies qui ont connu Didy pour raconter un morceau d’histoire d’un pays, d’une famille et d’une femme, tout en recréant un lien entre un fils et sa mère, entre un enfant et son pays d’origine. Didy, c’est à la fois le commencement d’une investigation sur un passé, mais c’est aussi la fin annoncée d’un chapitre qui permet de faire un deuil.

Devant la caméra, Gaël Kamilindi questionne et recueille les témoignages riches et pudiquement mis en scène par François-Xavier Destors. On suit avec intérêt et bonheur les interviews de ces femmes (principalement) qui se confient sans chichis. Elles se remémorent non sans émotion les années rock’n’roll, leur jeunesse pleine de liberté, mais aussi leur enfance difficile quand elles étaient traitées différemment parce que Tutsi, avant d’être soupçonnées de vouloir renverser le gouvernement puis d’être emprisonnées à cause d’un simple poème… Elles nous replongent dans cette époque méconnue de l’avant-génocide et, avec leurs mots, leurs regards et leurs rires, elles nous touchent. Simplement, profondément. Leur histoire, c’est leur vécu, et grâce à elles, l’album photo prend soudain vie.

“Didy” est donc un film sur l’enracinement, la recherche de ses origines et de la compréhension de sa place dans le monde et dans l’Histoire. C’est un hommage à des femmes et des citoyennes d’un peuple opprimé, qui ont traversé l’horreur dans une incroyable et émouvante dignité. On ne saurait enfin saluer ce long-métrage si on ne parlait pas de la bande-son et de la musique qui s’harmonisent parfaitement avec les mots de Gaël Kamilindi, prononcés en voix-off comme de la poésie voire comme une lettre adressée à la disparue. C’est beau, intime et poétique à la fois, une réussite à tous les niveaux.

(Mathieu Payan – abusdecine.com)