L’ILLUSIONNISTE
Réalisation : Sylvain CHOMET
Scénario : Scénario de Jacques Tati, adapté par Sylvain Chomet
Type de film : Animation
Pays : France
Année : 2010
Durée : 80 mn
Version : VOST
Jeune Public : Oui
Se laisser porter par la beauté du dessin, des décors, des couleurs, se laisser envahir par cette douceur mélancolique que les traits du crayon animent d’une humanité bouleversante et recevoir ce cadeau sans se poser de question, comme le gamin qui fixe bouche bée et yeux écarquillés le lapin sortant du chapeau.
Sylvain Chomet, qui avait déjà fait très fort avec Les Triplettes de Belleville, nous offre ici un bijou de délicatesse et de poésie, concrétisant un scénario écrit mais jamais tourné par Jacques Tati, conservé dans ses archives sous le titre « Film Tati no4 ». Et le génial créateur de Monsieur Hulot habite L’Illusionniste. D’abord bien sûr par le personnage principal, qui est le double dessiné de l’homme à la pipe, mais plus encore par l’ambiance toute entière dans laquelle baigne le récit. Ce n’est pas un film de Tati, mais on retrouve le mime, la gaucherie touchante qui rime avec drôlerie, l’économie de dialogues, l’humour parfois absurde des situations, bref cette patte si particulière propre à chacune de ses œuvres.
Ce n’est pas un hommage, car un hommage, c’est souvent figé et un peu triste, ce serait plutôt une bouture, une belle bouture née d’un script inachevé qui aurait donné une superbe plante qui s’épanouit en toute liberté.
On l’aime immédiatement, cet illusionniste vieillissant, armé de son petit guéridon, de son chapeau et d’un lapin obèse mangeur de saucisses. Sans génie mais talentueux, il épate la galerie de ses tours de passe-passe, avec les grands yeux ébahis du type qui semble encore s’étonner, après tant d’années, des pouvoirs de sa propre magie. Mais en cette fin des années cinquante, le temps des magiciens, des contorsionnistes, des clowns et des ventriloques est compté et déjà les scènes du Music-Hall accueillent des vedettes plus modernes et bien plus agitées. Pourtant, l’illusionniste poursuit sa route, avec sa petite valise à roulettes et son affiche « Tatischeff, magicien », quittant les grandes salles parisiennes pour des contrées plus ou moins lointaines, là où le porte une rencontre, une carte de visite, une locomotive ou un bateau.
C’est dans un village perdu sur une île écossaise qu’il rencontre la gloire et puis la jeune Alice. La gloire offerte par un public ébloui par ses tours tout autant que par l’arrivée de la fée électricité dans leur village. Alice, qui n’est plus tout à fait une enfant mais pas vraiment une adulte et qui croit, stupéfaite, à la réalité des petits miracles du prestidigitateur qu’il est.
Sans se parler, sans nous expliquer, Alice va le suivre jusqu’à Edimbourg et s’occupera de son petit appartement pendant qu’il ira de théâtre en théâtre gagner sa croute. Elle ignore encore qu’elle l’aime comme un père. Il sait déjà qu’il l’aime comme sa fille.
On suit le quotidien de ces deux solitudes qui se sont trouvées, partageant quelques rires ou un repas avec d’autres artistes échoués dans cette grande citée où la lumière, si belle, change si vite à l’horizon. L’illusionniste illumine chaque jour la vie de la jeune fille par ses tours, lui cachant par tendresse la réalité de ses poches trouées. Alice se transforme peu à peu et éclot comme une fleur, quittant doucement mais irrémédiablement le monde de l’enfance.
Un réalisme qui flirte avec l’illusion, un crayon précis qui laisse entrevoir les petites imperfections humaines, une poésie qui a de grand yeux mélancoliques mais une bouche rieuse, une musique qui pétille mais qui prend tout son temps : la grâce de cet Illusionniste nous fait écrire une prose bien enflammée… Ne vous moquez donc pas trop, entrez et vous verrez…



