vendredi 25 septembre 2026 à 21:15
Séance suivie d’une rencontre avec le réalisateur GUSTAVE KERVERN.
Apéro mauricien de lancement du Festival dès 17h30 au Stella Café
Voilà, c’est fini
Réalisation : Gustave Kervern
Casting : Loïc Mandere, Suzanne Lindon, Léa Drucker, Mathieu Amalric
Scénario : Gustave Kervern
Récompenses : Prix Jean Vigo 2026, Valois de Diamant Festival d’Angoulême 2026
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 101 mn
Sortie nationale : 24/03/2027
Pour son premier long-métrage réalisé sans son complice Benoît Delépine, Gustave Kervern livre une œuvre très personnelle, éminemment politique, un film d’apparence très pessimiste, voire désespéré, mais qui est habité par une lumière salutaire, celle de la grâce poétique et du bonheur d’une rencontre. C’est ce qui rend Voilà, c’est fini bouleversant d’humanité : en dépit d’un état des lieux terrifiant sur la planète, la déliquescence des rapports humains et l’abrutissement vers lequel nous mènent nos modes de vie consuméristes, en dépit même du grand chaos généralisé qui a tout englouti – les révolutions comme l’espoir en des lendemains plus égalitaires et fraternels –, subsiste encore l’étincelle qui peut naître du frottement de deux solitudes.
Mais peut-être redoutez-vous que la fibre grinçante, décalée, poil à gratter et souvent féroce qui était la marque de fabrique du duo Kervern-Delépine se soit dissoute dans l’eau tiède de l’Océan indien ? N’ayez crainte, le regard de l’ami Gustave demeure très affuté sur l’absurdité de situations souvent ridicules et drolatiques. Et c’est le personnage de Mathieu Amalric (plus névrosé que jamais) qui endosse à merveille le rôle du « bouffon », un type attachant mais totalement paumé qui remplit le vide de son existence par tout ce qui peut, sur cette Île Maurice vouée au tourisme, être rentabilisé au maximum : le buffet, le temps d’ennui, l’open bar…
Dans ce resort mauricien de luxe, all inclusive, Louise s’ennuie à mourir. Sa mère et son beau-père l’ont aéroportée ici – sans lui demander son avis – pour passer « des vacances de rêves » et tout le monde doit y mettre du sien, merde !, pour optimiser au maximum le séjour : « on va pas se plaindre, il y a trop de gens qui voudraient être à notre place ! ». Sa place, justement, Louise ne sait pas où elle est… mais elle sait où elle n’est pas : ni dans cette société malade, ni dans sa génération, ni dans sa famille. Et la seule façon que son être a trouvé pour signifier tout cela, c’est le rejet… et en premier lieu, celui de la nourriture : Louise est anorexique (rarement on a vu au cinéma cette problématique posée avec autant de force et d’économie de mots).
Elle va heureusement faire la connaissance de Pierre, un jeune employé de l’hôtel qui nettoie les chambres des touristes et rentre tous les soirs dans son village. Il va lui faire découvrir son île, ils vont partager leur solitude, quelques sourires et la simplicité de l’instant présent.
Dans ce paradis infernal d’un vide oppressant, Pierre et Louise incarnent une forme de résistance, à travers la pureté d’une histoire d’amour naissante. Mais peut-il encore y avoir une forme de sincérité dans un monde gouverné par les rapports marchands, de domination, de pouvoir ?
Cette façon unique de raconter son île natale, avec une tendresse mélancolique, ce regard lucide mais jamais méchant sur des personnages qui sont, comme nous, « les otages d’un monde qui tourne à l’envers », cette manière de filmer très particulière, avec un sens du cadrage qui raconte autant l’oppression que l’urgence de sortir de cet univers mortifère, font de ce film une œuvre unique au charme bouleversant, à la fois humble, radicale et follement élégante.









