Rose
Réalisation : Markus Schleinzer
Casting : Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt, Robert Gwisdek
Scénario : Markus Schleinzer, Alexander Brom
Récompenses : Festival de Berlin 2026 : Prix d’interprétation pour Sandra Hüller
Type de film : Fiction
Pays : Allemagne, Autriche
Année : 2026
Durée : 94 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 09/09/2026
Dès les premiers plans, splendides, de terres qui fument et de corps enchevêtrés, nous sommes plongés dans un des épisodes les plus meurtriers – après la Peste noire – que connut l’Europe occidentale : la Guerre de Trente Ans. Cette succession de guerres de religions qui, entre 1618 et 1648, ravagèrent tout particulièrement les terres du Saint-Empire romain germanique, certaines régions y perdant près de la moitié de leur population entre massacres aveugles, famines et épidémies diverses. La photographie du film (magistrale, dirigée par Gerald Kerkletz) n’est pas sans rappeler les gravures du grand Albrecht Dürer ou le graveur Jacques Callot qui, en 18 eaux fortes réalisées en 1633, illustra avec force Les Grandes misères de la guerre dans sa Lorraine natale. Dans ce paysage désolé, un étonnant personnage se dirige vers un petit village protestant endormi. Malgré ses habits d’homme, une voix off nous apprend que le marcheur est Rose, une femme qui a été soldat pendant la guerre. Au XVIIe siècle, l’habit fait le moine et, malgré un physique peu viril, le seul fait de porter (par exemple) l’uniforme fait de vous un homme. Signe extérieur supplémentaire de virilité : Rose / l’inconnu a le visage balafré, traversé par une balle qu’il porte en fétiche autour du cou… En cette période de guerres incessantes, on peut penser que l’habit d’homme était avant tout une garantie de protection en même temps qu’il offrait la possibilité de se déplacer en toute indépendance, de travailler, et ainsi d’échapper au viol de guerre comme au viol conjugal – plus communément appelé mariage arrangé…
Aux habitants circonspects, l’inconnu se présente comme un villageois parti tout jeune à la guerre dix ans auparavant et qui a décidé, acte de propriété en main, de réintégrer la ferme familiale après l’avoir rénovée. Dans un climat de suspicion pesant (pour les villageois de l’époque, la soldatesque est synonyme de pillages, de viols et de massacres…), Rose, dont personne ne connaît le prénom d’homme, s’avère être un fermier modèle, accompagne scrupuleusement les liturgies hebdomadaires, fait la lecture aux enfants, toujours prêt à rendre service à la communauté. Au point que le plus gros propriétaire du coin propose un jour de lui donner en mariage sa fille aînée Suzanna (probablement parce que, son âge avançant, elle n’est plus un parti attractif) en échange d’un accès vital à la rivière contiguë… Bien évidemment, la proximité conjugale ne peut que révéler le secret de Rose – à moins que Suzanna ne devienne sa complice… Avec une force expressive saisissante, le film décrit la violence et la paranoïa d’une communauté dénuée de toute compassion – elle est prête à écraser Rose malgré ses efforts pour s’intégrer –, confite dans son obsession morale autour du genre, ce qui se cache dans la culotte de chacun semblant plus déterminant que toute autre considération dans l’échelle de valeurs de ce petit monde protestant d’une austérité ostentatoire. Rose est porté de bout en bout par la merveilleuse Sandra Hüller, impressionnante, méconnaissable : après Toni Erdmann, Anatomie d’une chute et La Zone d’intérêt, l’actrice allemande est une nouvelle fois au cœur d’un bijou de cinéma.


